L’auberge espagnole, remake n° 213000 (environ).

Elle est arrivée avec armes et bagages, des cheveux partout, une clique d’amies parlant très fort en italien derrière elle, et s’est présentée en me broyant la main: “Claudia”.

Au fil des mois, on s’est tous découverts et apprivoisés, petit à petit, dans cet appart de folie en plein centre de Madrid. Une connivence de base entre Jeanne, la débarquée de Paris, et moi, due à la même raison que celle qui fait qu’on déteste les français dans un pays étranger: on parle la même langue. Alors dans la rue, c’est juste pas possible, parce que ça casse l’ambiance tu vois, ça brise l’exotisme, surtout qu’il y en a une flopée de français, à Madrid; mais dans l’intimité d’un appartement, c’est un repère, un bout de chez toi, un repos le soir quand tu es tellement fatiguée de parler cette langue que tu connaissais pas avant d’arriver.

Prise de repères plus difficile avec Ben, le seul américain, et le seul garçon. Deux mois à se dire juste Hola, qué tal, entre deux portes.

Avec Claudia, je me suis vite rendue compte que j’étais maniaque, et pas aussi ouverte d’esprit que j’aimais à le penser. Que la clope, le matin j’arrivais pas. Que j’avais mes habitudes de suisse pantouflarde. Et que dire tout ça en espagnol, c’était pas évident du tout, parce que la diplomatie, tu la traduis pas et tu passes direct pour ce que tu es vraiment : une emmerdeuse finie.

Mais en 6 mois, on a le temps de s’apprendre, bien plus. On pend la crémaillère et on discute ensemble de si on doit payer ou pas de notre poche les dégâts qu’un couple invité fin saoul a faits en baisant dans la salle de bain de l’hôtel du dessous. On étoffe son vocabulaire, on pleure sa rupture difficile, en espagnol, à 6 heures du matin dans la cuisine, on goûte le poulet bouilli dans l’eau en se demandant où elle est, la bonne cuisine italienne, on apprend à faire cuire des pâtes et du thé (!) à l’américain qui a peur du gaz, on se retrouve encore, tous bourrés, dans la cuisine à 6h, on rigole de nos histoires d’amour, de cul, de potes, d’uni, en espagnol toujours, en anglais parfois parce que c’est dans sa langue que Ben est à mourir de rire. On décore le salon de manière immonde, pour l’esprit de Noël. On se rend compte qu’on se manque, pendant les vacances, on se retrouve avec bonheur, on s’engueule rapport à la cuisine, toujours, on se tape des barres de rire dans le salon quand l’italienne se fout de manière hilarante de nos travers.

Là, c’est le dernier jour de Claudia en Espagne. Il pleut, j’ai croisé un mec avec une couverture dans la rue cherchant le bon porche pour la nuit alors que je croquais dans ma gaufre à 4 euros, Jeanne vient d’apprendre le décès de son grand-père. On se retrouve une dernière fois dans le salon, le moral en demie-teinte,  mais on se marre encore, on lui offre des trucs cons, on partage un dernier morceau de musique “tu me l’envoies sur Facebook, por fa?”. Comme d’hab on est jamais que tous les 4, il y a d’autres potes qui squattent aussi. Promis juré craché, on se retrouve avant la fin de l’année entre Rome et Lausanne, et allez casse-toi, ça suffit ces embrassades. La nouvelle est arrivée, elle est allemande, très grande et s’appelle Lili.

Fin du premier acte.

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7 thoughts on “L’auberge espagnole, remake n° 213000 (environ).

  1. roro says:

    J’aime bien comme t’écris Alexina et je crois que j’aime bien comme tu penses (pas encore tout lu, devoir de réserve donc).
    Ce qui est bien avec les blogs c’est que parfois, ça justifie mon amour pour les gens (et parfois non, heureusement il y a la mémoire sélective)

    • Alexina says:

      Merci beaucoup, ça me touche plus que tu ne peux l’imaginer. Heureuse que ça te plaise, et bienvenue ici. J’espère que le reste ne te fera pas fuir^^.

  2. La Princesse says:

    Mes colocs du premier semestre sont partis y a plus d’un mois et m’en suis pas encore remise, tsé…Such is Life. :-S
    Tu la kiffais bien, finalement, la Claudia 🙂

  3. tomima says:

    J’aime beaucoup ce texte qui fait écho à mes souvenirs… nostalgie…

    • Alexina says:

      Merci. Moi justement, j’appréhende le moment où ça deviendra des souvenirs. Je sais, je dois profiter du moment présent, mais quand même, boule au ventre.

      • Krolli says:

        Et oui comme promis ptite Krolli surgit…

        Waou

        Waou

        Waou

        Merci d’exprimer aussi bien et aussi simplement ce qu’on est sûrement plusieurs à resentir…

        J’ai aussi une boule au ventre quand au fait qu’un jour ce ne sera qu’un souvenir, mais ça me rassure que tu ne le deviendras pas, on rentrera ensemble et on aura toute deux l’envie pressente de repartir… Bon vent!

  4. Myriam says:

    Alexina, je découvre ton blog et j’adore ce post! t’as la plume facile et la prose jolie 🙂 c’est agréable à lire, c’est vivant, coloré et imagé… je vais revenir lire ce blog, c’est sûr! J’ai pas besoin de dire que “j’espère que tout se passe bien pour toi en Espagne”, ton blog parle pour toi… En tout cas je me réjouis de t’entendre de vive voix à toi retour en Suisse et te souhaite pleins de bons moments encore! profite bien! gros bisous, Myriam

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