Cabrel avait raison.

Finalement, et après moults hésitations, j’y suis allée, à la Plaza de los Toros de las Ventas, Madrid (et j’ai même découvert que c’était pas loin de mon hôpital)(on s’en fout).

D’abord, je dois bien avouer que j’ai rechigné toute l’année. J’ai discuté avec plein de gens, des aficionados parlant de la glorification de la mort, des défenseurs de la culture locale, des amoureux du geste, j’ai vu des manifestations anti pleines de faux sang, j’ai croisé des mecs dans le métro qui placardaient des affiches rageuses, et j’ai refusé plein d’invitations. Mais dimanche, je me suis pointée devant les arènes, pas forcée mais plus que dubitative, partagée entre mon envie de savoir ce que c’était avant de juger, et ces relents de dégoût primaire qui expliquent mes tergiversations antérieures.

Alors, déjà, j’ai dû plonger dans le milieu mafieux et l’illégalité la plus totale (un pléonasme? Où donc?) lorsqu’arrivés aux guichets, on nous a fait savoir que tout était déjà vendu. 2h avant, une arène de 25’ooo personnes, pleine. La corrida a vraisemblablement encore de beaux jours devant elle. Mais ouf, de charmants espagnols se baffrant de pipas nous expliquent alors que des revendeurs officient près de la bouche de métro. Ils sont effectivement là, et si on observe pendant quelques instants les alentours, on peut intercepter un mystérieux ballet d’hommes en chemise qui abordent discrètement le chaland, la bouche de traviolle pour faire discret et la voix basse. Ne prenant que notre courage à deux mains, on part négocier. On négocie pas leurs prix. J’ai payé, trop, pour une corrida ; je vais finir dans rien moins que le pire des enfers, du genre de ceux de Jérome Bosch (en vrai c’est mon pote qui a payé, St-Pierre prendra-t-il ça en compte?).

Bon, donc, on a des bonnes places, à l’ombre, au milieu des abonnés à la saison qui viennent ici TOUS LES JOURS pendant la saison des ferias (tu entends ça, St-Pierre? Je suis du pipi de chat de pécheresse, à côté d’eux!). L’arène se remplit, se remplit, ça n’en finit pas, c’est plein à craquer.

Et ça a commencé. Quand le premier taureau a commencé à avoir le garrot en sang, j’ai failli pleurer. Et j’ai jeté un œil effaré à ma voisine lorsqu’elle m’a expliqué qu’il y avait 6 sets, avec 6 taureaux, et qu’à moins qu’on assiste à la mort du 56ème toréador de l’histoire de la corrida, c’étaient plutôt eux qui repartiraient, tout mourus, trainés par les mules pomponnées. J’ai décidé que j’avais vu bien pire dans ma vie et que j’allais profiter de l’expérience sociologique sans précédent, ma réaction de base me laissant à penser que celle-ci ne se répèterait pas (en effet, on ne m’y reprendra plus). Alors j’ai tout regardé. Parfois c’était très beau. Parfois c’était juste pathétique. Observer le public était fort intéressant, comme plonger dans un autre monde.

En sortant, on a eu une discussion à bâtons rompus avec mon pote le-payeur-de-billets. D’ailleurs j’ai été nulle dans mon argumentation. Alors voilà: oui je mange de la viande et de ce fait je cautionne la mort d’animaux, mais je continue à penser qu’élever un taureau dans le but de créer un spectacle de sa mort, c’est nul. Que le coté un contre un, bataille à armes égales, c’est de la bullshit. Et que pendant deux heures, j’ai juste vu des bêtes qui se demandaient dans quel traquenard elles s’étaient fourrées, et que c’était horriblement triste. Je ne regrette pas d’y avoir assisté, parce que je peux enfin en parler en connaissance de cause, et ne pas partir en spéculations hasardeuses sur ma réaction face à ce spectacle. Ma plus grande peur, c’était d’apprécier. Ouf, je suis humaine.

Et en rentrant, on a mangé végétarien.

P.s : le titre, c’est pour ça, la première chanson sur laquelle je me rappelle avoir dansé de ma vie. J’avais 5 ans, je n’ai redécouvert Cabrel et la signification de son texte que lorsque j’en ai eu 16. C’est resté.

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3 thoughts on “Cabrel avait raison.

  1. tomima says:

    J’aurais peur aussi d’aimer ça je crois.
    J’ai jamais sauté le pas, mais j’ai vu la Plaza de los Toros, c’est fort joli!

  2. Alexina says:

    Oui, elle est magnifique, toute en majesté et simplicité à la fois, j’aurais pu en parler d’ailleurs! Merci de l’avoir rappelé!

  3. Krolli says:

    Est-ce que ce monde est sérieux?

    Et bin ça ma fait sacrement de la peine de constater que ma tête a été capable de comprendre le sens de cette chanson seulement après 20 que je l’écoute… après ma seule et unique corrida… comme quoi il faut le vivre pour comprendre!

    Besos amiga mia!

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