Future of a nation.

Clic, clic, clic. Le bruit du coupe-ongles.  Quand je pense que j’avais réussi à me transformer en vraie pintade over-orgueilleuse en arrêtant de me les ronger, ces putains d’ongles, ça me fait un peu mal aux fesses d’en voir disparaitre les restes au fond du lavabo. Mutilation! Que ne ferait-on pas au nom de l’hygiène hospitalière…

La blouse blanche propre, que je suis allé cherché hier.  La dernière, je l’ai trimballée deux ans avec moi, elle a découvert les tapas et les petits dèj’s en habits au café du coin près de l’hôpital à Madrid, les lavages en machine à la maison – hygiène hospitalière, mais dans l’autre sens… et le fond de mon placard depuis mon retour d’Espagne, rapport à l’absence totale de pratique clinique en 5ème année.

Le stéthoscope.

Le marteau réflexe.

Le mètre couturier, l’échelle d’appréciation de la douleur (néophytes: contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas un truc sado-maso). J’ai paumé mon goniomètre, tant pis pour vous si vous ne savez pas ce que c’est, et puis tant pis pour moi surtout, de toute façon je ne sais même pas m’en servir. La montre. le badge. Le bouquin. Le calepin. Les stylos. Le téléphone. Les clés.

J’ai l’impression de m’harnacher pour la guerre alors que je ne pars que pour mon premier jour de stage.

Le petit-déj’ qui passe pas des masses.

Mes pas qui me chuchotent cou-rage, cou-rage, dans le froid du petit matin (fou-tue, fou-tue, aussi. Mes pieds sont bilingues). Le bus que je manque de rater, bien sûr, toujours, ce n’est que moi finalement, la bonne vieille moi  malgré le nouveau statut qui m’est attribué, malgré la cuirasse blanche que j’ai revêtue mentalement dès le réveil.

Le sourire de malade mentale qui se dessine sur mes lèvres, impossible à retenir. Peut-être vais-je me découvrir des mains d’or pour la chirurgie, un incroyable sens diagnostique, un don de guérisseuse? Ha. Ha. Ha. Peut-être vais-je juste réussir à ne pas vomir. Peut-être suis-je surtout en train de devenir schizophrène, au vu des millions de voix qui bourdonnent dans ma tête.

La ville baignée d’une lumière poudrée, les flaques qui brillent entre les pavés. Je me sens tellement consciente de ce qui m’entoure, les sens à fleur de peau, que j’ai l’impression de débarquer en touriste dans ma propre ville, dans ma propre routine.

L’entrée de l’hôpital. Mon casier. La blouse qui pèse sur les épaules, avec tout cet inventaire à la Prévert que je me trimballe dans ses poches.

La dernière volée de marches avant le service de médecine interne. J’ai envie de me ronger les ongles.

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