Quoi de neuf docteur?

On ne m’aura jamais autant appelé Docteur que dans mon stage actuel. Les gens grimacent, pleurent parfois, ou paraissent au contraire particulièrement sereins, mais lorsque je rentre dans l’un des boxes des urgences, c’est toujours la tête qui se relève et l’œil qui s’ouvre, la commissure des lèvres qui tremble un peu, qu’ils arrivent à arracher un sourire ou non, et ce Bonjour Docteur auquel, vraiment, je ne me fais pas encore.

Qu’on ne se détrompe pas, ce Docteur ressemble parfois à une friandise délicieuse, un susucre post-tout plein d’années d’études éreintantes. Mais l’idée surnageante, au bout du compte, c’est tout de même :

“Je ne suis qu’un gros fake”.

Parfois, je me dis que tout ceci n’est qu’un jeu, un sacré jeu de rôle extrêmement réaliste. Bravo, bravissimo aux créateurs, clap clap clap des deux mains, on s’y croirait, vraiment, ex-cel-lent. C’est où la sortie?!? Va donc expliquer la vie et donner des conseils de santé à des personnes ayant 4 fois ton expérience.  Va donc bluffer tout en pataugeant lamentablement dans des explications d’un manque de clarté de plus en plus pathétique. Va donc prendre un air sérieux derrière tes lunettes (en bénissant pour une fois – la seule – le fait que tu fasses plus que ton âge), pour parler de choix thérapeutiques et de diagnostics difficiles. A 24 ans.

Parfois, j’aimerais juste devenir invisible, quelques instants de répit, pour me concentrer sur des choses bien plus légères telles que l’élaboration de plans d’attaque machiavéliques pour me taper discrètement l’assistant dans le box 8 (avancée actuelle des opérations: étape 3/10). Parfois, je me réfugie aux toilettes pour pleurer un coup. Parfois je jette un regard par dessus mon épaule pour vérifier que la voie est libre pour esquisser un pas de danse. Puis un deuxième avant de ramasser mon stéthoscope et toutes les merdes que je trimballe dans mes poches, tombées pendant le processus. Si peu crédible. Parfois je ris un peu  trop fort, et ça fait un peu désordre. Et souvent, je resserre ma blouse sur ma poitrine, et ça me rassure à l’intérieur.

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