Juste.

C’est toujours la même sensation.

Il a fait chaud, il se met à pleuvoir et d’un coup d’un seul tous les souvenirs reviennent.

Celui exact de la première goutte un peu froide sur la joue, de la chaleur qui remonte de la terre – soudainement délivrée d’une journée à s’être fait emmagasiner par le bitume.

L’image des parents enlacés sur le seuil de la maison, qui me regardent déjà-grande-mais-pas-encore-tout-à-fait tourbillonner sous la pluie de juillet. C’est celle qui fait le plus mal, aussi, parce l’image est obsolète, parce que même – et surtout – les couples idéaux se séparent.

Doux-amer, les souvenirs…

Et puis l’odeur est là. L’odeur, quoi. L’odeur qui monte comme la chaleur, qui n’existe que par l’alchimie magique du chaud + bitume + pluie. Tellement terrienne cette putain d’odeur. On en mangerait. Un peu douceâtre, aussi, tout se tient au final.

Et puis, et puis, il y a toujours cette joie pure qui pousse à foncer faire des entrechats sous la pluie – pur mystère quant à l’origine de cette extase, d’ailleurs. Ça doit allumer des zones primales dans mes recoins cérébraux. Peut-être qu’au tout dernier instant, au bout du tunnel-tout-blanc, l’énigme se révèlera. J’adore le concept : comme si l’essence même des questions existentielles pouvait être contenue dans le pourquoi du comment d’une danse sous la pluie.

Danser sous la première pluie d’été, c’est comme retrouver une très vieille amie et son éternel parfum, et se perdre un peu dans ses bras. Le réconfort d’un truc parfait et connu, mais aussi la délivrance furieuse de cet embrasement de vie.

Danser sous la pluie, c’est une caution à ma folie douce, c’est un laisser-passer à la fureur de vivre d’habitude contenue, c’est un printemps émotionnel. Ça me donne envie de hurler et de pleurer de rire et de courir et de jouir à m’en exploser les neurones, pour sentir intimement mon cœur palpiter à fond dans la poitrine, pour me sentir exister.

Il y a peu, j’ai revu cette patiente à qui des gens ont sauvé la vie en la massant 60 minutes après un arrêt cardio-respiratoire. Parce qu’elle avait mon âge, et je sais pas, parce qu’elle allait se marier dans peu de temps, qu’elle ressemblait à un petit oiseau au fond de son lit, et qu’elle était juste normale et vivante aussi, elle m’a marquée – au fer chaud. Je me suis demandé comment on ressentait une palpitation de son propre cœur lorsqu’on sait qu’il s’est arrêté de battre de manière autonome pendant si longtemps. Si on y mettait un sens différent ou pas parce qu’au fond, à raison de 60 battements par minutes, on doit s’habituer à nouveau. Face à elle, alors que j’étais censée faire cliniquement mon job, c’est la seule question qui pulsait dans ma tête, en rythme avec les battements de mon propre cœur.

Depuis parfois j’aurai presque envie de m’ouvrir la cage thoracique pour libérer toute cette urgence de vie qui gronde là-dedans, et qui étouffe de ne pas sortir assez souvent. C’est con hein.

Je sais pas quelle convention créée par les États Généraux de moi-même l’a stipulé, mais il faut toujours finir une note positivement, sinon c’est la guerre dans mon cerveau. Alors malgré le douceâtre, le doux-amer, le manque d’air et la merde infinie parfois, on va juste retourner danser un peu sous la pluie, et ça sera juste bien et puis c’est tout. Parce que putain faut vivre les gars. Faut se réveiller et danser sous la première pluie d’été, même en avril. Faut vivre, juste.

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