Sur le fil.

“À trop tendre les bras je ne trouve pas l’équilibre.”
Oxmo Puccino.

Au final, c’est moi qui ai fini par aller voir mon médecin.
Après s’être occupé de tant de corps, d’avoir autant été de l’autre côté du bureau, sous la blouse blanche, c’est dur de lâcher prise, de savoir ouvrir les vannes, de l’écouter ton corps à toi et de laisser l’autre, celui qui est à ta place habituelle, en prendre soin.

Moi j’ai un tic, à la fin des consultations – d’ailleurs les infirmières se foutent bien de ma gueule, moitié troublées moitié charmées mais en même temps trouvant ça limite niais – j’ai un tic donc, c’est de ponctuer la consultation d’un “prenez soin de vous”, en serrant la main de mes patients.

J’ai pas pris soin de moi. Je me suis pas assez protégée.

J’ai été super forte pendant une période m’ayant semblée aussi longue qu’un millénaire (au moins), et puis d’un coup d’un seul, au détour d’une flèche dans le coeur, la machine entière a lâché comme un mécanisme trop complexe, d’un équilibre trop fragile qui pécloterait au grain de sable de trop. Pif paf pouf, rouleau compresseur en avant, et juste pour le kif un petit coup de marche arrière – celui qui t’achève propre en ordre. Survécu aux nuits de garde qui t’arrachent la tête, aux gastros/aux bronchites/à la fièvre à 38.6, mais pas à la petite flèche dans le coeur, tir d’élite balle au centre et puis champions du monde. C’est con hein.

En même temps, lâcher prise – même si c’est pas vraiment toi qui lâche, mais un peu cette chienne de vie qui te chope accrochée comme une crevarde au bord du précipice, qui te prend délicatement les mains et hop, te jette négligemment en bas, et débrouille-toi ma grande pour remonter – c’est une bonne petite leçon de derrière les fagots.

Parce que si on y pense, quand tu remontes, t’es forte comme trois mammouths, l’esprit affuté par cette conscience plus aigue de tes zones de fragilité ; comme une version haute définition de ta cartographie émotionnelle. Et peut être qu’avec un peu de chance, tu pourras continuer la tête haute, et toujours un peu mieux en équilibre mais sans équilibrisme foireux.
Y’a qu’à espérer.

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